La mort au Japon

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La mort au Japon

Très présent dans la culture nippone, le culte des ancêtres est très important aux yeux de la société du Pays du Soleil Levant.

Le culte des ancêtres occupe une place prépondérante dans la civilisation japonaise actuelle. Importée de Chine, cette piété à l'égard des esprits défunts a fortement été marquée par la tradition confucéenne qui définissait le culte des morts comme une obligation filiale. Aussi, si le mariage japonais et nombre de cérémonies liées à l'enfance s'effectuent selon des rituels shintô, les funérailles en revanche répondent dans la majorité des cas à la tradition bouddhique. L'économie des temples bouddhistes est d'ailleurs essentiellement liée aujourd'hui aux revenus générés par les services funéraires.

Les obsèques japonaises obéissent à une procédure très ritualisée; à défaut du cérémonial approprié pour l'envoyer dans l'au-delà, il est considéré que l'âme du défunt est condamnée à errer sur terre sous sa forme spectrale, noyant sa rancune dans le malheur qu'elle apporte à sa famille.

Si les nombreuses sectes bouddhistes définissent chacune leur propre traitement de la mort, la tradition funéraire la plus couramment observée se décompose en quatre étapes : Makuragyô (litt. « Sûtra de l'oreiller »), Tsuya (« l'Eveil » ou « Traversée de la Nuit »), Soshiki (les funérailles et la crémation), et le Shiju-kunichi (le 49e jour de la mort).

Makuragyô
C'est la première étape du rituel funéraire, qui s'effectue immédiatement après le décès. Même à une heure très avancée de la nuit, des prêtres sont convoqués pour réciter des sutrâs auprès du défunt, afin de purifier son corps et préparer l'espace funéraire à accueillir l'esprit du Bouddha.

Cette étape a pour but d'aider l'âme à s'acheminer vers le royaume des morts, qui s'apparente ici à une nouvelle naissance.

Tsuya
L'O-koden doit aider à couvrir les dépenses funéraires
L'O-koden doit aider à couvrir les dépenses funéraires
L'Eveil se déroule au domicile dans la journée qui suit la mort, en présence de la famille et des amis proches. Ces derniers offrent de l'encens ainsi que l'O-koden, une enveloppe contenant de l'argent pour aider la famille à couvrir les frais des funérailles, très élevés au Japon (jusqu'à 2 millions de yens, soit près de 20 000 euros).

Le corps est placé devant l'autel de la famille, la tête vers le nord (d'où la tradition japonaise de ne jamais placer la tête du lit dans cette direction) et son visage recouvert d'un tissu blanc. On peut dans certains cas orienter le corps vers l'ouest, qui indique la direction du royaume de Bouddha. Un chapelet bouddhique – le juzu- peut être placé entre ses mains, ainsi qu'une dague pour éloigner les mauvais esprits.
Juzu
Juzu


On effectue alors alors le rituel nommé Matsugo no Mizu (« L'eau du dernier instant »), qui consiste à humidifier les lèvres de la personne décédée. Après quoi, on procède à la toilette du corps (Yukan); si c'est traditionnellement aux membres de la famille qu'il incombe de procéder à cette tâche, de nos jours on fait davantage appel à des professionnels (les nôkansha). Le corps est lavé à l'aide d'une bassine où l'on aura successivement versé de l'eau froide, puis de l'eau chaude (pratique dite du « Sakasa Mizu »). A l'instar des sûtras récités par les prêtres, le yukan a pour but de purifier le corps et de préparer son départ vers la terre du Bouddha.

Une fois lavé, le corps peut être revêtu soit d'un kimono blanc, soit plus récemment d'un costume pour les hommes, ou d'un kimono pour les femmes ; dans ce cas-ci, le kimono sera croisé vers la droite, et non vers la gauche comme c'est le cas chez une personne vivante.

Il s'agit alors pour la famille de veiller le corps durant la nuit avant la mise en bière. Autrefois, la veillée funèbre durait une semaine entière, durant laquelle on festoyait en pensant que cela ramènerait l'âme du défunt. Jusqu'à récemment, la coutume voulait que l'on monte sur le toit de la maison et que l'on crie le nom de la personne décédée pour la faire revenir. Chaque membre se succède pour renouveler l'encens qui doit brûler tout au long de cette étape. Le lendemain, le défunt est placé dans un cercueil avec de la glace avant d'être acheminé vers le temple bouddhique où doivent avoir lieu les funérailles.

A l'issu de la veillée funèbre il convient de s'asperger de sel pour se purifier.

Soshiki
Les funérailles ont lieu le lendemain de l'Eveil. Le corps est alors transporté
Le salon funéraire servant de cadre à la cérémonie
Le salon funéraire servant de cadre à la cérémonie

au temple bouddhique, et son cercueil est placé la tête au nord devant un autel où repose sa photo. Un bol de riz aura été placé auprès de lui, avec les baguettes plantées dedans : ce bol symbolise le dernier repas du mort durant son voyage vers l'au-delà, et la position des baguettes lui indique qu'il n'appartient désormais plus au monde des vivants (d'où la célèbre tradition japonaise de ne jamais planter ses baguettes dans son riz au cours du repas).

Le service funèbre est l'occasion pour les parents éloignés et les connaissances de venir se joindre à la famille pour rendre un dernier hommage au mort. Un rosaire à la main, la personne s'avance vers le cercueil, s'incline devant la photo et jette une pincée d'encens dans une petite cassolette prévue à cet effet, tandis que les prêtres du temple prononcent les sûtras.

A la fin de cette cérémonie, le cercueil est emporté vers le lieu de la crémation. Obligatoire au Japon en raison du manque d'espace, cette pratique ne devient réellement courante qu'à partir du XIXe siècle. Autrefois, elle était exclusivement réservées aux élites aristocratiques et impériales qui conservaient ainsi leurs cendres dans des sépultures familiales. La peur qui entourait alors le corps mort faisait penser que seul le feu était en mesure de purifier la souillure de la mort. Aujourd'hui l'incinération s'explique en partie par le manque de place sur l'Archipel, même si certaines îles ont partiellement conservé une forme de mise en terre (les Îles Ryukyu notamment enterrent le corps avant de le déterrer de nombreuses années plus tard afin de récupérer les os restants et les placer dans une urne funéraire)

Lorsque la crémation est terminée, les os qui restent sont amenés auprès de la famille proche, et les membres doivent alors faire passer les ossements au bonze à l'aide de baguettes, afin que celui-ci les réduise en poussière et les ajoute à l'urne (encore une autre tradition qui explique pourquoi il ne faut jamais se passer de la nourriture de baguettes à baguettes lorsque l'on est à table!)

A l'issue de la crémation la famille emporte les cendres du défunt qui seront conservées 49 jours sur l'autel familial avant d'être placées dans la tombe.

Shiju-Kunichi
Cette étape qui vient conclure les obsèques a lieu 49 jours après la mort. Après une nouvelle petite cérémonie, l'urne est placée dans le tombeau
Sotoba
Sotoba
familial. C'est à cette occasion que le défunt reçoit son nom posthume, le kaimyo, censé protéger le mort et l'empêcher d'errer sur terre sous forme de fantôme. Cette coutume, extrêmement onéreuse puisqu'un nom posthume peut parfois revenir à près de un million de yens (selon les caractères employés, la secte bouddhique concernée, le rang du prêtre gravant les caractères...) tend à être remis en question par les générations actuelles. Le kaimyo était traditionnellement gravé sur une planche de bois appelé sotoba.


La tradition des 49 jours se réfèrent à une croyance selon laquelle ce serait à ce moment là de la mort qu'il est décidé si le défunt doit accéder au « paradis » ou à « l'enfer » (les diverses prières et sûtras récités durant les funérailles doivent servir à venir en aide au mort à ce moment là, en « améliorant » sa condition).



O-bon, qui se tient le 15 Juillet ou le 15 août selon les régions, est la fête qui célèbre les morts et les ancêtres tout en les guidant à travers l'obscurité de leur voyage.

Les Japonais et l'angoisse de la mort

Les nombreuses marques de respect qui entourent les funérailles cachent en réalité une profonde angoisse de la mort de la part des Japonais. De nombreux mythes, dans la tradition shintô notamment, disent la peur inspirée par les morts : la descente d'Izanagi aux Enfers pour récupérer le corps d'Izanami présentent des âmes jalouses de la vie, attendant l'occasion de pouvoir remonter à la surface pour tourmenter les vivants. C'est également la souillure de la mort qui transparaît ici, dans le corps d'Izanami livré à la putréfaction ; à son retour des mondes infernaux Izanagi est contraint de se purifier dans une rivière pour échapper à cette souillure.

Quel que soit le degré de piété familiale dont sont empreints ces rites funéraires, la ferveur mise dans les obsèques et les fêtes célébrant les morts a en grande partie pour objet de distraire les âmes défuntes de leur chagrin, de manière à ce qu'elles conservent une part de reconnaissance envers leur descendants et ne viennent pas les troubler.

Chaque maison conserve ainsi chez elle soit un butsudan dans la tradition bouddhique, soit le mitamaya, « la maison auguste des âmes », chez les pratiquants shintô, un petit sanctuaire qui contient notamment des souvenirs des ancêtres. On y dispose régulièrement offrandes, fleurs ou nourriture. Le respect dû aux ancêtres est si présent que des Japonais de l'étranger reviennent parfois de très loin pour leur rendre hommage.

Butsudan
Butsudan

Mitamaya
Mitamaya

Japon Japon
Rédigé par Silent_Echoes le 07/06/2012 à 11:29
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Ajouté le 07/06/2012 à 11:29

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Commentaires (24)

Avatar de Shaolan974
#1Par Shaolan974 le 07/06/2012 à 16:11Méchant modo robo pas bo !! haha
Merci pour l'article :)

Avatar de Silent_Echoes
#2Par Silent_Echoes le 07/06/2012 à 16:25Advocatus Diaboli
Merci pour la validation ^^ (pardon, le chapeau de l'article était un peu massif, merci d'avoir ajouté un petit quelque chose! :p ^^")

Avatar de Sayurii
#3Par Sayurii le 07/06/2012 à 16:44Smile ♥.
Ha oui, je connaissais déjà vaguement les étapes du rituel des funérailles pour la personne décédée... C'est vraiment très long quand même, pourtant je trouve ça beau cet hommage que font les Japonais aux morts.
Merci pour l'article complet et intéressant, une fois de plus =).

Avatar de Esprit du feu
#4Par Esprit du feu le 08/06/2012 à 02:29KAMIJO-sama
Merci pour cet article, mes connaissances sur la culture Japonaise vient encore d'augmenter grâce à toi. Les Japonais respectent vraiment leurs morts et c'est ce qu'il y a de plus beau.

Avatar de shonen-kun
#5Par shonen-kun le 08/06/2012 à 08:29Mangas =3 Japaniiiime =3 J-music=3 wa...
Très bon article, ça m'en a appris des choses ! ^^

Avatar de Hakuen
#6Par Hakuen le 08/06/2012 à 14:17
Merci beaucoup, je connaissais pas vraiment cet aspect-là de la culture.

Avatar de Park Mi Nam
#7Par Park Mi Nam le 08/06/2012 à 16:37Et que la lumière te fauche la tronche.
Vraiment très intéressant. J'en ai appris beaucoup, merci.

Avatar de criscito974
#8Par criscito974 le 09/06/2012 à 03:53
il est super cette article

Avatar de Spitz
#9Par Spitz le 09/06/2012 à 19:16SALOPETTE !
Merci pour ce superbe savoir. :D

Avatar de sakana_sama
#10Par sakana_sama le 10/06/2012 à 20:36bloup...blo up...bloup
très bon article !!

Avatar de CNRACHE
#11Par CNRACHE le 10/06/2012 à 21:58
très très intéressant arigato pour l'article tellement bien fait j'ai appris beaucoup de choses

Avatar de Kichi-x
#12Par Kichi-x le 11/06/2012 à 19:10
Très bon article, merci beaucoup.
Par contre je me demande, si ce ne sont que les familles croyantes qui font ses rituels ou bien si c'est vraiment pour tous les décès au Japon... - faut avouer que ces dernières années les croyances/religions ont fortement diminués et ça même au Japon -

Avatar de Silent_Echoes
#13Par Silent_Echoes le 11/06/2012 à 22:04Advocatus Diaboli
Non, je pense que ça c'est la ritualisation poussée à l'extrême... Rien que la première étape, le Makuragyo, est souvent zappée (j'ai vu qu'elle existait, mais dans les témoignages que j'ai lus on la retrouve assez rarement)

Les obsèques au Japon doivent grosso modo reprendre certains de ces aspects, mais peut-être pas toujours de manière très accentuée; notamment parce que (je sais pas si ça transparait très bien dans mon article), les funérailles japonaises coûtent vraiment extrêmement cher, et c'est parfois assez difficile de s'offrir le service complet.

Avatar de Kichi-x
#14Par Kichi-x le 12/06/2012 à 00:05
Oh, je vois, c'est logique en fait. Merci pour ta réponse. Et encore fois très bon article. ^-^

Avatar de Nawrem
#15Par Nawrem le 12/06/2012 à 22:54sora ni wakare
Intéressant, je recommande le film Departures (おくりびと) pour ceux qui l'auraient pas encore vu traitant du même sujet ainsi qu'After life (ワンダフルライフ), un autre film.
je crois que les funérailles, de tête, en rômaji c'est "sôshiki" (ou soushiki)bref, bon article =)

Avatar de jay69
#16Par jay69 le 13/06/2012 à 10:49♫ My Bliss Is Fashion ™ ♥
Après tout c'est rituel c'est sur que les morts trouveront le chemin de l’au-delà !

Très bon article, j'ai bien aimé très clair et précis on découvre que c'est plus couteux et compliquer les cérémonies mortuaires du Japon !


J'aime beaucoup cette tradition du butsudan ou mitamaya rendre hommage et des offrandes au défunt, sa permet de se souvenir et d’être reliée aux personnes chers qu'on a perdu !

Avatar de little-ginger
#17Par little-ginger le 17/06/2012 à 16:47
en gros c'est des gros froussards les mans!!! ils sont lèche-culs avec les morts pour se tranquilliser... Mais j'avoue que ça doit etre très beau et émouvant. super cet article!

Avatar de neko-sushi
#18Par neko-sushi le 07/08/2012 à 20:33
Je trouve ça assez compliqué, toutes ses étapes... ça doit etre dur pour la famille... surtout si c'est très cher ._.
En tous cas, merci pour l'article ! c'etait vraiment interressant ^-^ j'ai beaucoups aprise ~

Avatar de Robot
#19Par Robot le 12/08/2012 à 17:15
Très instructif l'article, je trouve !
Merci beaucoup (:


Avatar de Victoria23
#20Par Victoria23 le 23/10/2012 à 17:21
Merci pour l'article :coucou1:

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