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[Japon] Ringu

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Posté le 04/03/2007 à 15:48
PL-Biohazard
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J'ai été étonné de voir qu'il n'y avait pas de topic réservé à la saga Ringu, initialisée par Hideo Nakata en 1998. Autant commencer tard plutôt que jamais... Je commence par un avis personnel sur chacun des films, mais sans aucun spoiler. Le but est en partie de donner envie à ceux qui n'ont pas encore vu cette saga (dont le premier est un pur chef d'oeuvre) de le faire... Évidemment, ce que j'ai ressenti est purement subjectif, donc il est possible que vous ne verrez pas (ou n'ayez pas vu) les mêmes films que moi...





Tout au long du film est distillée une sensation étrange qui oscille entre la peur, l'anxiété, l'inquiétude, mais aussi l'excitation et la curiosité. C'est tout un maëlstrom qui bouillonne dans notre esprit et qui valorise les unes ou les autres de ces émotions - émotions si chères au 7ème Art. Pour l'occasion, je remets un petit mémo du synopsis de Ring.

Un soir, seules à la maison, deux lycéennes se font peur en se racontant une mauvaise blague. Une étrange rumeur circule à propos d'une cassette vidéo qui, une fois visionnée, déclenche une terrible malédiction : une mort annoncée sept jours plus tard.
Après le décès de sa cousine Tomoko Oishi, Asakawa Reiko, une journaliste, enquête, mais très vite le maléfice la rattrape.


Si l'on lit ce texte *sans rien savoir* du tout du film, on peut être partagé entre deux sentiments: soit de la dérision, soit de la curiosité. Dans le premier cas, on se dit qu'il s'agit encore d'une bête histoire de malédiction complètement idiote avec une horrible sorcière qui a jeté un maléfice afin de déchiqueter les impudents. Image mentale préconçue et prématurée, quand tu nous tiens... Dans le deuxième cas, on note le fait que le synopsis oublie volontairement de nous parler de la façon dont les personnes ont été tuées. Quel est ce maléfice? Comment les victimes meurent-elles? Cette "malédiction" est-elle aussi inévitable qu'on ne le prétend? Et pourtant, plus le film avance et plus nous découvrons le "quoi". Le film s'ouvre sur un des meurtres, puis se poursuit d'enquêtes en révélations sur la terrible malédiction.

Le point fort et caractéristique de ce film est évidemment sa capacité à nous faire peur, si ce n'est au moins à nous angoisser un tant soit peu. Les différents acteurs sont crédibles du fait qu'ils ne versent pas dans la surenchère: leur jeu est simple mais cela ne veut absolument pas dire qu'il est plat, bien au contraire. C'est sobre mais du coup efficace.

Par ailleurs, la bande sonore s'avère tout simplement sublime. L'on retiendra aussitôt les terrifiants bruitages stridents et dissonants du film, qui contribuent à nous instaurer dans un malaise et une anxiété croissants. Ce sont des bruits parasites comparables à des coups d'aiguille violents et saccadés, qui lacèrent les tympans et prennent les tripes.

Les choix de mise en scène de Hideo Nakata m'ont plu: ne pas faire un déluge de trouille facile et omniprésente au point d'en être lourde. L'histoire se déroule posément, avec une angoisse qui surgit par accoup (comment ça s'écrit, cette expression???) pour s'exprimer dans un final "terriblement" mémorable. Le cadrage des plans parvient à nous faire ressentir une certaine vulnérabilité des personnages, assimilabes à des proies sous l'oeil d'un prédateur infaillible. Et malgré cela, l'on assiste dans le film à quelques moments d'émotion presque touchante.


Je le dis haut et fort, Ring (de son nom nippon Ringu) est digne de faire partie du panthéon international des films d'horreur. C'est l'une de ces oeuvres cinématographiques qui ont fait la gloire et l'essor du cinéma d'horreur, aux côtés de l'Exorciste, de Halloween, des Griffes de la Nuit, de Dark Water, de The Grudge, etc. Ce n'est pas LE film à garder en prévision de votre séjour sur une ïle déserte, mais c'est bien l'une de ces expériences qu'il serait dommage de rater.


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Désolé, mais j'ai rien trouvé de moins ringard en guise d'image d'intro pour Ring 2... (jeu de mots très très vaseux inside)


Ring 2 est spécial. Non pas qu'il change complètement d'ambiance ou qu'il renverse les bases de Ring 1, non. C'est plutôt le fait que des choix particuliers ont été pris quant à la trame. Et ce sont ces changements qui peuvent tantôt valoriser le film ou tantôt flinguer notre appréciation.

Hideo Nakata étant toujours derrière la caméra, il n'est pas étonnant de retrouver dans Ring 2 certains des mécanismes du premier opus. Nous avons toujours droit à quelques moments de peur bien brute et très brève. C'est toujours aussi efficace, mais malgré tout, le résultat est moins puissant car le spectateur qui a vu Ring 1 connaît déjà les tactiques de cet univers. Il peut deviner facilement quand est-ce que ça va frapper. Le spectateur novice aussi, du reste... Le truc peut-être dommage, c'est qu'il y a davantage de peur facile dans Ring 2 que dans Ring 1, mais bon...

Pour ceux qui ne le savent pas encore, Ring 2 change de point de vue en se focalisant sur des personnages qui étaient très secondaires au premier film. Du coup, ceux qui étaient essentiels dans le premier deviennent très secondaires dans le second. Ca va, vous suivez? Le fait de changer ainsi de protagoniste peut en intéresser certains: ok, on change de point de vue. Comment ces nouveaux héros vont-ils être impliqués dans cette malédiction? Et bien, pour ceux qui n'ont pas encore vu le film, sachez tout simplement qu'ils ont chacun un lien qui pouvait passer inaperçu dans le premier film. On retrouve par ailleurs certains personnages du premier film que l'on ne s'attendait plus à recroiser et ce n'est pas plus mal, après tout.

Et voilà où Ring 2 se caractérise. Étant une suite directe de Ring, il vient tout logiquement prolonger l'intrigue qui s'était terminée en légère queue de poisson. Ou il serait plus exact de dire que la fin de Ring 1 n'avait pas apporté toutes les réponses, et, frustrés, on en venait à se poser des questions sur tel ou tel sujet. Ring 2 vient apporter quelques réponses, mais ce n'est pas mieux pour autant car une kyrielle d'autres questions sans réponses viennent s'ajouter au tas.

La trame s'étend dans plusieurs directions. Au niveau de Ring 1, la malédiction restait traitée par un nombre restreint de personnages. Dans Ring 2, elle est abordée dans davantage de domaines, comme celui de la science. Je ne spoilerai pas mais il faut savoir que l'on y perd parfois les pédales. C'est une étrange impression que de vouloir que ça aille plus vite à certains moments, et que ça aille plus lentement à d'autres, car on n'a pas de temps pour se reposer les neurones et tenter de comprendre les liens des évènements.

Malgré le fait que les effets sonores restent toujours les mêmes, l'on est moins perturbé en les écoutant. C'est là encore ce problème du spectateur accoutumé aux techniques de Ring. Par ailleurs, il y a d'autres éléments qui gâchent l'effet de peur ressentie dans le premier film. Notament le fait de ne plus montrer Sadako de la même manière. A certaines de ses apparitions, elle prend forme différemment par rapport à celles de Ring 1, et ces matérialisations sont moins convaincantes.


Oui, Ring 2 est moins bien que Ring 1. Oui, il est imparfait. Mais cela dit, l'approfondissement de la trame qu'il nous offre peut en intéresser plus d'un.


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De plus en plus petit, c'est vraiment le pied... Enfin bref, voici Ring Zero.


Alors là, attention le dépaysement! C'est ce qui caractérise le plus cette préquelle de la saga: Ring Zero change de registre cinématographique pour mieux traiter la génèse de l'horreur. Les moments d'angoisse sont toujours présents mais ils sont bien rares, et ce qui domine reste la trame tissée autour de cette si étrange Sadako. Ne nous attendons plus à de la peur et de l'angoisse, mais à de l'information. Voilà qui pourrait en repousser plus d'un. Cela pourrait en attirer d'autres, mais hélàs, il faut savoir que Ring Zero est comme le deuxième opus: il a quelques carences qui sapent le mythe.

Vous le savez déjà, mais l'on remonte trente ans dans le passé, juste avant la condamnation de Sadako. L'idée est évidemment d'éclaircir ces débuts: même le plus horrible des cauchemars a un début, une explication, une naissance. Quelques réponses étaient apportées tout au long des deux premiers épisodes. Ce troisième film vient en apporter d'autres en nous présentant une Sadako bien vivante et bien humaine. On plante le décor autour, avec intrigue et personnages. On en apprécie certains, et on en déteste d'autres.

La réalisation est d'une qualité aléatoire: il y a de bonnes idées et d'autres qui le soint moins, et c'est encore plus dommageable que le film repose sur une ambiance d'ores et déjà censée être dramatique et non horrifique. Le résultat est que nous parvenons à nous ennuyer de temps à autre, d'autant plus que les sons stressants ne nous dérangent pratiquement plus, et que les moments d'angoisse se font décidément rares. Les acteurs font toutefois de leur mieux, et on peut facilement être ému devant le couple principal de Ring Zero. A ce titre, Yukie Nakama incarne la frêle et timide Sadako avec une vraie perfection, trouve-je. Mais pour les autres, c'est plus difficile de leur trouver de l'intérêt.

Comme je le disais un peu précédemment, les bruitages si angoissants de la saga Ring n'ont plus du tout l'effet escompté dans Ring Zero. Il faut dire qu'ils n'arrivent pas à de bons moments. Ou bien il est possible qu'ils ne soient plus destinés à nous faire peur mais bien à être exposés comme des curiosités, car c'est un peu de cette manière que les personnages de Ring Zero les découvrent.

La trame met parfois du temps à nous intéresser. Je l'ai déjà dit: il y a des moments un peu morts d'ambiance dans Ring Zero. L'on mettra un peu de temps à arriver aux évènements fatidiques qui précipiteront la chute de Sadako. Le fait de la voir en tant qu'humaine - et en tant que très belle humaine - peut déranger certains d'entre nous et briser le mythe créé dans Ring 1. Surtout avec un futur avatar de la mort parfois transformé en figure légèrement christique. Mais là réside le tour de force. Sadako qui était le bourreu, Sadako qui avait terrifié et dégoûté tant de gens, elle n'est que victime. Une sorte de figure immaculée.

Cela dit, l'antagonisme entre les deux camps est assez convenu: une fille complètement dépassée par ce qui lui arrive, aidée d'un seul homme bon et attentionné, face à la horde du commun de mortels en furie, avec une jolie romance par-dessus le marché. Malgré tout, on parvient à être touché par Sadako et son destin tragique. Plus on approche de la fin, et moins il y a de concession. Le spectre vengeur d'une jeune fille brisée se lève dans l'ombre d'un final "frappant", et qui donne à reconsidérer avec un certain boulversement ce qui va suivre, à savoir Ring 1 et 2.
Posté le 04/03/2007 à 20:10
Aiwelle
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sa ces le genre de film ou tu dors plus après et qui te red :aieaieaie: comme the grudge j'ai the ring mais en version américaine et ma soeur ma dit que la version original étai comment dire beaucoup plus flippante et comme je suis peureuse je sais ces navrant :paslemoral: je risque pas de les regarder mais ils ont l'air bien!

Bonnes Fêtes de fin d'années tous le monde!!!!!!
Posté le 17/04/2007 à 01:57
PL-Biohazard
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Je n'avais même pas vu que tu m'avais répondu, Aiwelle!
Honte sur ma lamentable personne! :boxe:

Effectivement, Ringu est à mn goût plus effrayant que The Ring, mais tu verras que les avis sont parfois partagés. Je suppose que c'est donc une question de sensibilité personnelle...


Bon, je vais poster ici quelques articles que j'avais rédigé sur un autre site, à propos de Ringu. C'est une vision entièrement personnelle du film, et il va sans dire que vous n'aurez peut-être pas ressenti les mêmes émotions que moi à tel ou tel instant, sur tel ou tel plan... Si vous avez des critiques à formuler, je reste à l'écoute.

SPOILERS SPOILERS SPOILERS

Les mécanismes de l'angoisse dans Ringu, via le cadrage:

De nombreux plans du film suscitent une sorte de malaise, une inquiétude durable. Rien que par l'angle et le point de vue de la caméra. Ces cadrages ont été élaborés de telle manière qu'ils laissent suggérer une sorte de présence à l'écran ou en dehors. En effet, on en vient régulièrement à s'interroger sur la présence ou l'absence d'un fantôme. Au début du film, on ne sait pas ce qui tue, mis à part le fait que l'on ait entendu des témoignages relatant une femme dans la vidéo maudite. Cela dit, rien ne nous pemet de savoir que c'est cette femme qui tue après les 7 jours passés.

On s'imagine bien évidemment une histoire de fantômes car le meurtre de Tomoko met clairement en scène le paranormal. Ainsi, sa télévision s'allume toute seule. Hideo Nakata ne nous montre pas tout de suite l'écran de télévision: on suit le point de vue de Tomoko, et la télévision reste tout d'abord masquée par la vitre translucide. Voir sans voir totalement nous met dans une expectative de malaise. On redoute quelque chose de l'autre coté, quelque chose d'imminent. Et étrangement, le chaîne locale raconte quelque chose de très banal (un match de sport, il me semble), mais pour autant, l'effet produit n'en est pas plus rassurant. C'est même l'inverse. Les commentaires si envolés résonnent dans la pièce, et interrompent un silence inquiétant, pour installer un bruit qui l'est tout autant.



De même, lors de la séquence des funérailles à domicile de la-dite Tomoko, Hideo Nakata reprend ce système de plans inquiétants. Notons bien évidemment que la musique d'ambiance contribue grandement à renforcer le sentiment d'insécurité. Ce sont des sortes de percussions qui résonnent dans le vide, donnant lieu à des bruitages qui arrivent par pointes saccadées. On sent que quelque chose observe. Une sorte de menace pèse sur les personnages - en l'occurrence le petit Yoishi. Il est bien connu que le plan en plongée sur une personne est destinée à la mettre dans une sorte de vulnérabilité ou d'infériorité. C'est notamment dans cette séquence que cette convention cinématographique prend tout son sens.



Durant le plan d'après, on voit le petit Yoishi de loin, au centre du peu de lumière présent à l'écran. Mais pour autant, cette lumière ne se veut pas si rassurante que cela. Prise dans un étau d'obscurité trop étendu pour être anormal, le faisceau apparaîtrait presque comme un flash menaçant. La position de la caméra recoupe ce que j'ai dit précédemment. Une présence est littéralement palpable à l'écran. On se sent comme un observateur tapi dans le noir, d'autant plus que la caméra n'est pas si élevée que ça en hauteur.



C'est donc dans ces moments que la caméra acquiert une sorte de point de vue subjectif, mais j'entends bien par là qu'il ne s'agit pas d'une subjectivité de personnage. La caméra se positionne ça et là, en donnant l'impression de flotter dans l'air comme c'est le cas dans le plan, où Asakawa Reiko dort chez son père. On flotte dans les airs comme le ferait un esprit errant, qui assiste à toute cette intrigue. Ou bien serait-ce le spectre de Sadako qui plane comme une menace sur les protagonistes?



D'ailleurs, l'angle de vue particulier n'arrive pas que lors des séquences inquiétantes. Ainsi, lorsque Asakawa et Ryuji découvrent une photo de Shizuko Yamamura (mère de Sadako), on nous donne à voir le couple depuis cette même hauteur qui nous avait été donnée à voir dans la séquence avec Yoishi. Une sorte de caméra à hauteur de tatami. L'angle de vue inhabituel offre des perspectives étranges sur l'espace entourant Asakawa et Ryuji. Une contre-plongée est communément définie comme mettant en avant les personnages, et les plaçant dans une situation de supériorité. Pourtant, l'angle de ce plan m'inquiète. Les lignes tracées à même le plafond m'inquiètent.




Ringu, ou la suggestion de la présence de Sadako:



Il peut être étonnant que "ce qui tue" ne nous soit montré que très peu de temps sur le compteur du DVD. Tout au long du film, on voit les victimes sans jamais voir Sadako. Et Hideo Nakata s'amuse avec nos nerfs en suggérant à quelques reprises sa présence, au lieu de la montrer. C'est d'autant plus inconfortable car nous ne sommes jamais rassurés par l'inconnu et l'imprévisible. Sur ce plan ci-dessus, il y a une angoisse générée par le fait d'avoir un champ de vision obstrué. C'est à mettre en corrélation avec le fait de ne pas voir ce qui va tuer. Effectivement, la porte du frigidère apparaît comme un barrage horizontal, en plein dans l'écran, et comme un élément qui va masquer l'arrivée de Sadako - tout du moins c'est ce que nous nous imaginons.



Dans la séquence du meurtre de Tomoko, tout joue par l'ouïe et le regard en coin. Notre attention a été suffisamment alertée par l'allumage paranormal de la télévision. On devine que quelque chose arrive. Des bruits de pas rapides et saccadés se font entendre alors que Tomoko a le dos tourné. L'angoisse provient de l'attente et de la vision partielle, comme dans beaucoup de films du même registre, en général. Tomoko a deviné tout comme nous que quelque chose est là, avec elle (non, je ne fais pas allusion à sa copine, non). Dans ce genre de situation, le spectateur peut avoir peur de ce qui va se passer, car on s'imagine le pire pour la face-à-face entre la victime et le tueur. C'est vraiment (mais aussi entre autres) la perspective que Tomoko se retrouve face à "ce qui tue" qui est à même de générer une appréhension typique de l'horreur.



Encore un délicieux exemple de la suggestion de la présence. Je dois vous avouer que ce n'est qu'à la troisième vision du film que j'ai pu remarquer qu'il y avait une forme blanche sur l'écran de la télévision, et que ce n'est qu'à la vision d'après que j'ai compris qu'il s'agissait d'un reflet de Sadako. Pas bigluche, le gars... Hideo Nakata ne nous montre toujours pas Sadako, mais il la laisse à l'état de menace perceptible. L'effet produit est toujours le même: le spectateur vit avec Asakawa, comme il en a été le cas avec Tomoko, et il partage ce qu'elle voit. Ainsi, l'on découvre le reflet en même temps qu'elle. La peur générée par ce reflet, surgi comme par sorcellerie, nous fait craindre non pas le fait que Sadako soit là en lui-même, mais plutôt le fait qu'elle soit arrivée de façon aussi inattendue. La peur vient aussi du fait que l'on réalise progressivement qu'elle puisse être là, car on ne voit au début que le regard d'Asakawa. Puis la seconde d'après, on remarque une forme blanche. Enfin, nous nous imaginons tout de suite une forme humaine, et elle nous rappelle cette mystérieuse fille que nous avions vue dans la vidéo maudite.



Pourtant, il n'y a personne. Mais le spectateur n'en est pas rassuré pour autant. Ce cadrage sur l'obscurité trahit encore et toujours une présence fantômatique, tapie dans l'ombre. La fenêtre, la porte et le canapé se matérialisent en tant qu'éléments inquiétants car susceptibles de dissimuler Sadako. On se sent observé, tout comme Asakawa se sent observée. Dans une telle situation, on en vient furtivement à se demander si la vision était réelle ou imaginaire. De ce sentiment d'être observé, de ne pas savoir, ou même de ne pas voir, ressurgit cette angoisse typique.


Ringu ou la peur d'un anthropomorphisme défiguré:


La peur dans Ring provient aussi du choc provoqué en voyant les victimes. Et la grande force du film réside dans sa capacité à nous glacer d'effroi de par l'absence de sang. Beaucoup de systèmes de peur ont reposé sur cet effet: voir du sang répandu sur les murs ou à même le sol suscite de la peur, car dans notre esprit germent des idées toutes plus horribles unes que les autres. On s'imagine le meurtre, on s'imagine la peur ressentie, on a peur de tomber sur le coprs mutilé, mais on a surtout peur de tomber face au tueur. C'est pour moi la principale anxiété, celle de subir un sort tout aussi atroce. Ring...? Y'a pas de sang...



Étrangement, un visage asiatique effrayé est pour moi toujours plus glaçant qu'un visage européen, figé dans une expression similaire. Je peux tout à fait me tromper, car il est évident que je parle de façon un tant soit peu subjective (et ce depuis le tout début de ce topic - mea culpa), mais selon moi, cette peur suscitée par le visage asiatique terrorisé vient d'un critère purement physionomique. Dans notre esprit et de façon conventionnellle, les asiatiques ont des yeux que l'on pourrait grossièrement qualifier "d'aplatis", de bridés. Les voir avec les yeux grand-ouverts interpelle davantage, car le contraste entre les deux regards est frappant. Une terreur affichée avec maîtrise par un acteur est aisément transmissible à l'écran, pour peu que le reste (cadrage, musique, teintes de l'image, etc) soient tout aussi bien réussies. Ainsi, l'instant où Tomoko se retourne suscite une peur de par sa seule représentation. Rien que l'image fixe retourne l'estomac, pour peu que l'on se focalise un instant sur le regard de Tomoko. C'est aussi ce que nous redoutions durant les plans d'avant: le fait que Tomoko se retourne et qu'elle tombe nez-à-nez avec "ce qui tue".



Ces deux images ci-dessus et ci-dessous montrent l'amie de Tomoko, et cette dernière, après avoir croisé le regard fatal de Sadako. Ce sont principalement les deux scènes où l'on découvre l'état dans lesquelles sont trouvées les victimes. Évidemment, Hideo Nakata a soigné ces plans chocs. Les deux sont toutefois montrés différemment.

En effet, le premier où l'on découvre l'amie de Tomoko, se dévoile progressivement. Asakawa est en train d'enquêter sur cette affaire, et un collègue vient lui montrer un reportage éclair sur le meurtre présumé. Ce visage glacé par l'effroi nous est révélé de façon saccadée par les parasites du ralenti sur le magnétoscope. Une pause et un recadrage sont effectués. Ce dernier nous donne à tout voir en plusieurs étapes, et au fur et à mesure que la netteté est faite sur le visage, la bande son opère un creshendo très lent et vient s'accorder avec l'angoisse du spectateur. L'horreur se révèle petit à petit.



C'est l'inverse sur la découverte du cadavre de Tomoko. La scène, très brève, constitue un flash-back qui nous est raconté par la mère de la jeune fille - celle là même qui a découvert le corps. L'on ne s'attend pas forcément à revoir la tête de Tomoko, car on est dans une période que l'on pourrait qualifier de "calme". Un peu comme dans les jeux vidéos, où le joueur se trouve dans une aire de repos, dénuée de monstres hostiles. Asakawa se trouve chez sa soeur, et l'ambiance est bien évidemment tragique, mais aussi sur le mode de l'investigation. Pas de musique, pas d'obscurité inquiétante.

Toutefois, Hideo Nakata insère le même plan que nous avions lors de l'arrivée du petit Yoishi sur le palier. Ce plan où l'on voit le protagoniste fixer le couloir en hors-champ. Un tel écho semble résonner comme une menace à travers les parois cinématographiques: il y a toujours une présence omniprésente et omnisciente.

Et le plan où l'on découvre le visage de Tomoko vient confirmer cette légère inquiétude, suscitée quelques instans auparavant. Plan qui ne dure que deux ou trois secondes, avec un sifflement de violon très bref et très strident. Ce bruitage si désagréable, et si surprenant quand on ne s'y attend pas, peut représenter le cri de la jeune fille au moment de sa mort, mais aussi tout simplement, il peut venir appuyer l'effet de surprise. Car force est d'avouer que cette image si brève, bien que dénuée d'effet sanguinolent, est troublante de par sa violence.

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